Algérie et Tunisie, 1/50 000, 1881->, découpage SGA

Carte topographique dressée par le Service géographique de l’Armée française à partir du début des années 1880 et qui représente en partie l’Algérie et la Tunisie pour remplacer les premières feuilles de la carte d’état major publiée au 1/80 000. Cette carte couvre de manière continue le nord des deux pays sur une profondeur d’environ 200 km mais, elle représente aussi, de manière ponctuelle, les autres régions habitées suivant un assez forte densité, telles que les environs de Gafsa par exemple. Les premières feuilles de cette série représentent l’Algérie, elles sont publiées dès 1882. En 1894, on compte 140 feuilles ; ensuite, les travaux d’élargissement du périmètre représenté et de révision des feuilles déjà publiées se poursuivent jusqu’en 1914. Le début de la Première Guerre mondiale met un terme à cette première campagne. En 1924, 225 feuilles, dont 69 pour la Tunisie, sont publiées mais il reste plus de 300 à faire. Les relevés reprennent vers 1925, la carte est ensuite augmentée et révisée par les services français jusqu’au début des Indépendances.
Les relevés de cette carte ont été effectués sur le terrain à l’échelle 1/40 000, le mode de projection adopté jusqu’en 1942 est celui de Bonne avec pour origine le point de croisement entre le  méridien de Paris et le parallèle 39 grades nord. Après 1942, le mode de projection est celui de Lambert avec plusieurs points d’origine (nord-Tunisie, sud-Tunisie, nord-Algérie, sud-Algérie). A partir de cette date, les feuilles qui représentent l’Algérie et celles qui couvrent la Tunisie sont considérées comme dépendant de deux cartes distinctes. Pour la Tunisie, cette date correspond aussi un agrandissement de la carte vers le sud du pays d’environ 80 km (4 cases).
Chaque feuille, de 40 par 64 cm utiles, représente un territoire de 20 par 32 km, elle est désignée par le nom de la ville ou du lieu le plus important représenté dans son champ et par un numéro d’ordre en chiffres arabes (1 à 491) pour le territoire algérien et en chiffres romains (I à CLXXXII) pour la Tunisie. Les feuilles frontalières ont une double numérotation. Les premières livraisons (années 1880) sont aussi identifiées par un numéro de ligne et un numéro de colonne qui correspondent à la position de chaque feuille dans le quadrillage du territoire à représenter.
Depuis les Indépendances, ces deux cartes ont été reprises par les services tunisiens et algériens, chacun pour leur territoire. La couverture tunisienne a été partiellement mise à jour, tout d’abord par l’Institut Géographique National français puis, à partir de 1981, par l’Office de Topographie et de Cartographie tunisien. Cependant, à la fin des années 1960, l’insuffisance des mises à jour motive la décision de dresser une nouvelle carte détaillée à l’échelle 1/25 000. En Algérie, elle a été remplacée à partir du milieu des années 1980 par celle, à la même échelle, découpée suivant le système international.

La publication de cette carte a pris plusieurs formes
1. Les cartes de reconnaissance
Ces documents, parfois approximatifs, ont été construits autour de quelques itinéraires d’arpentage seulement. Imprimés en noir, ils avaient tout d’abord pour objectif de livrer rapidement une vue d’ensemble. Ces cartes, dressées en fonction des nécessités de la colonisation, ne constituent pas une couverture continue du territoire.

2. Les éditions provisoires
Plus élaborées que les cartes de reconnaissance, les éditions provisoires sont imprimées en noir (pour la toponymie et les indications d’altitude) et en gris pour figurer le relief, la planimétrie et l’hydrographie. De la même manière que pour les cartes de reconnaissance, ces documents sont imprimés en fonction des nécessités, ils ne constituent pas une couverture continue du territoire. Cette forme d’édition n’est pas réservée au début de la période : pour l’Algérie par exemple, on trouve des éditions provisoires de certaines feuilles qui représentent des régions semi-désertiques, au milieu des années 1950.
Au-delà des désignations des ces deux catégories, elles sont très hétérogènes, certaines feuilles qualifiées de « provisoires » sont polychromes et ressemblent beaucoup à des feuilles régulière tandis que d’autres documents, explicitement incomplets, ne portent aucune mentions particulière.

3. La carte régulière
Les feuilles comportent toutes les indications correspondant à leur échelle d’édition, elles sont imprimées en couleurs. Plusieurs factures se sont succédées.
            Les premières livraisons (vers 1885) comportent six couleurs : le noir pour la lettre, les lignes du quadrillage en grades et les chemins, le rouge pour les constructions et les principales voies de circulation, le bleu pour l’hydrographie, le vert pour la couverture végétale (distinction entre bois, palmiers et oliviers), le brun pour le relief, en estompage pour les dunes et le sable et, dans les montagnes par courbes de niveau équidistantes de 10 mètres complétées par un estompage en gris, le violet pour les vignes. La légende compte alors une cinquantaine d’articles.
A partir du milieu des années 1890, et avant 1942 (cette date correspond aussi au changement de mode de projection de Bonne à Lambert), les feuilles sont imprimées en cinq couleurs : le noir pour la planimétrie et le lettre, le bleu pour l’hydrographie, le vert pour la couverture végétale. Le relief est figuré par un estompage et par des courbes de niveau équidistantes de dix mètres et imprimées en bistre. Cette facture est désignée « type SGA ».
Après 1942, on adopte le « type 1922 » qui compte sept couleurs : le rouge pour les constructions, les routes et, éventuellement, le tracé d’un pseudo quadrillage Lambert, le noir pour les autres éléments de la planimétrie et le texte, le bleu pour l’hydrographie, le violet pour les vignes, le vert pour les autres végétaux. Le relief est figuré par un estompage et par des courbes de niveau équidistantes de dix mètres et imprimées en bistre. La légende est placée en bas des feuilles, hors du cadre, elle compte 80 articles dont pas moins de sept décrivent les routes et les chemins.

4. Les environs des villes
Suivant le principe de découpage du territoire adopté pour cette carte, certaines agglomérations se trouvent coupées en plusieurs parties et représentées sur des feuilles différentes. Dans ce cas, les manipulations nécessaires pour visualiser l’ensemble de la ville ne sont pas toujours faciles à mettre en oeuvre et elles peuvent être source d’erreurs. Pour palier ce défaut des cartes régulières, les limites des feuilles de la série des environs de ville ne suit pas le même découpage : l’agglomération considérée est placée au milieu de la feuille qui est construite à partir de deux ou bien de quatre feuilles de la série régulière. Les formats de ces feuilles varient en fonction de l’étendue à figurer, elles ne sont pas numérotées et sont désignées par le nom de la ville représentée. On en compte quatorze : Alger, Batna, Biskra, Bizerte, Camp de Boghani, Gabès, Gafsa, Le Kef, Médenine, Oran, Saïda, Sfax, Tiaret et Tunis.

5. Une carte géologique de l’Algérie.

6. Trois atlas archéologiques de la Tunisie ont été élaborés sur la base de la carte au 1/50 000 :
- l’atlas archéologique publié par les services français entre 1893 et 1913 ;
- l’atlas des centuriations publié en 1959 sous la direction d’A. Pignol ;
- l’atlas archéologique publié entre et 1998 et 2005 sous la direction de S. Ben Baaziz.

J.-L. Arnaud, CNRS et M. Coulon, janvier 2006